Vendredi, Israël avait de manière exceptionnelle rouvert brièvement trois points de passage et laissé passer plusieurs
dizaines de camions. Selon un commentateur israélien qui défend le point de vue de son gouvernement, cette ouverture faisait
partie d’actes de « diversion et de camouflage mis en place par le gouvernement ces derniers jours »
pour prendre le Hamas par surprise. Le choix d’un jour de shabbat aussi. Le même commentateur, Ron Ben-Yishal, explique
le 27 décembre sur le site Ynet la stratégie israélienne .
« Ce qui a commencé à Gaza samedi matin est apparemment une action limitée visant
à obtenir un cessez-le-feu à long terme entre le Hamas et Israël selon des termes favorables à Israël. Ces termes comprendraient
la fin des attaques au mortier et à la roquette ; la fin des attaques terroristes à travers la frontière de Gaza ;
des négociations sérieuses pour la libération de Gilad Shalit ; et un arrêt du renforcement militaire du Hamas.
Le moyen pour garantir les objectifs mentionnés est, littéralement, un “traitement de choc”. Ainsi, le Hamas
ne sera plus capable d’être à l’initiative, et c’est Israël qui prendra l’initiative et montrera au
Hamas qu’il répondra de manière “disproportionnée” chaque fois que les résidents du Negev occidental seront
frappés. A ce stade, nous ne parlons pas de renverser le régime du Hamas, mais plutôt de formuler de nouvelles règles du jeu
et d’un effort pour pousser le Hamas à accepter un nouveau cessez-le-feu. »
Sur le site en ligne du quotidien Haaretz, Amos Harel signe un commentaire intitulé .
« Les événements le long du front sud qui ont commencé à 11h30 samedi matin ressemblent fort à une guerre entre
Israël et le Hamas. Il est difficile de dire où (géographiquement) et pour combien de temps la violence va se poursuivre avant
une intervention de la communauté internationale pour l’arrêt des hostilités. Toutefois, la salve d’ouverture
israélienne n’est pas une opération “chirurgicale” ou une frappe limitée. C’est l’assaut le
plus violent sur Gaza depuis que ce territoire a été conquis en 1967. »
Cette offensive se place aussi dans le cadre, si l’on peut dire, de la campagne électorale israélienne. Des élections
générales auront lieu le 10 février 2009 et chacun des candidats fait de la surenchère. Même le parti de gauche Meretz
a appelé, avant le déclenchement de l’attaque israélienne, à une action de l’armée [1]. En revanche, Gush Shalom, l’organisation d’Uri Avnery, a fermement condamné l’action israélienne et les
soi-disant partisans de la paix, comme Amos Oz, qui la soutiennent. Rappelons qu’en février 1996, le premier ministre
d’alors, Shimon Pérès, avait lancé une offensive contre le Liban (« Raisins de la colère ») – restée
célèbre pour le massacre de Cana, une centaine de réfugiés libanais tués – dans l’espoir de gagner les élections
qui se préparaient. Résultat : Benyamin Netanyahou avait remporté le scrutin et était devenu premier ministre. Samedi
soir, un millier de personnes ont manifesté à Tel-Aviv contre les attaques israéliennes.
Il est intéressant de noter que les commentateurs israéliens, comme la plupart des commentateurs de la presse occidentale,
omettent de signaler la raison la plus importante de l’échec du cessez-le-feu de six mois, qui a duré du 19 juin au
19 décembre.l’accord comprenait, outre le cessez-le-feu, la levée du blocus de Gaza
et un engagement de l’Egypte d’ouvrir le passage de Rafah. Or, non seulement Israël a violé l’accord de
cessez-le-feu en lançant une attaque qui a tué plusieurs personnes le 4 novembre, mais les points de passage n’ont été
rouverts que très partiellement, et le blocus s’est même renforcé ces dernières semaines. La population, qui était largement
favorable à l’accord en juin, exige aujourd’hui une clarification : ou la guerre, ou l’ouverture inconditionnelle
des points de passage et l’arrêt du chantage permanent qui permet à Israël d’affamer à petit feu (et de priver
de soins) la population. Celle-ci ne s’y trompe pas, qui accuse Israël, ainsi que le rapporte le site d’Al-Jazeera
en anglaisLe président Nicolas Sarkozy a réagi par un .« Le président de la République exprime sa plus vive préoccupation
devant l’escalade de la violence dans le sud d’Israël et dans la bande de Gaza.
Il condamne fermement les provocations irresponsables qui ont conduit à cette situation, ainsi que l’usage disproportionné
de la force. Le président de la République déplore les importantes pertes civiles et exprime ses condoléances aux victimes
innocentes et à leurs familles. Il demande l’arrêt immédiat des tirs de roquettes sur Israël ainsi que des bombardements
israéliens sur Gaza, et il appelle les parties à la retenue. Il rappelle qu’il n’existe
pas de solution militaire à Gaza et demande l’instauration d’une trêve durable. »
Dans un communiqué publié à la suite de son entretien avec Aboul Gheit, ministre égyptien des affaires étrangères, Bernard
Kouchner a réitéré les mêmes positions, ajoutant toutefois que la France demandait « la réouverture des points de
passage », un point ignoré par M. Sarkozy.
La sénatrice Nathalie Goulet, membre de l’Union centriste, membre de la commisssion des affaires étrangères.« Comme
toujours, Israël fait un usage excessif de la force dans l’indifférence de la communauté internationale, qui laisse
se dégrader la situation à Gaza depuis des mois et des mois. Il ne faut blâmer ni l’Iran
ni le Hamas, mais l’inertie de la communauté internationale, le soutien sans faille de la politique américaine à Israël
et l’intolérable “double standard” des organisations internationales. Israël viole depuis quarante ans des
dizaines de résolutions onusiennes, sans embargo, sans sanctions et en toute impunité.
La situation est insupportable pour les habitants civils de Gaza
depuis des années. La situation n’a fait que se dégrader, avec son cortège d’humiliations et une soif de vengeance.
Œil pour œil rendra le monde aveugle, disait Gandhi. Cela fait trop, trop longtemps que nous sommes aveugles et
sourds aux souffrances du peuple palestinien. »
Les attaques ont aussi suscité les habituelles condamnations des pays arabes. Une réunion urgente de la Ligue arabe devrait
avoir lieu dimanche. L’Egypte a déclaré qu’elle tenait Israël pour responsable ; cette affirmation est peut-être
une réponse à des informations de la presse israélienne affirmant que Le Caire aurait donné son feu vert à une opération limitée
à Gaza visant à renverser le Hamas ,par Avi Issacharoff, Haaretz, 25 décembre). Un
autre article de Haaretzpublié le 28 décembre, et qui décrit la campagne de désinformation du gouvernement israélien
avant l’offensive contre Gaza, explique que Mme Livni, la ministre des affaires
étrangères, avait informé le président Moubarak de l’attaque ,par Barak Ravid). La complicité du Caire est confirmée
par un rapport de Y-net,par Yitzhak Benhorin (27 décembre), qui reprend les déclarations du ministre égyptien des affaires
étrangères Aboul Gheit, expliquant que son gouvernement avait prévenu le Hamas et que ceux qui n’avaient pas écouté
ces mises en garde portaient la responsabilité de la situation (sur les raisons de la politique égyptienne, lire sur ce blog.
Dans ces conditions, il est douteux que ces condamnations arabes aboutissent à des résultats. La seule initiative spectaculaire
et efficace que Le Caire pourrait prendre serait de rouvrir le point de passage de Rafah, ce qu’elle ne veut faire à
aucun prix – pour l’instant, elle s’est contentée d’ouvrir le passage aux blessés palestiniens. Et,
selon l’agence de presse Maan, aucun blessé ne s’est présenté, les médecins palestiniens affirmant que le transport
des blessés graves est impossible, à moins que l’Egypte n’envoie des hélicoptères .
Au-delà du blocus, il faut rappeler que :
le refus de la communauté internationale de reconnaître le résultat des élections législatives de janvier 2006, qui
ont vu la victoire des candidats du Hamas, a contribué à l’escalade israélienne ; ainsi que le refus d’entériner
réellement entre le Fatah et le Hamas ;
l’Union européenne et la France en particulier, quelles que soient leurs prises de position, encouragent concrètement
la politique israélienne, notamment en récompensant Israël par entre Israël et l’Union européenne, malgré les violations
répétées par Israël de tous ses engagements (diminution du nombre de check-points, démantèlement des colonies « illégales »,
etc.)
enfin, rappelons cette vérité d’évidence trop souvent occultée : la Cisjordanie, Gaza
et Jérusalem-Est sont maintenant occupés depuis plus de quarante ans. C’est cette occupation qui est la source de toutes
les violences au Proche-Orient.